Sommaire des Poèmes

POEMES, PROVERBES et CITATIONS sur le PUR-SANG ARABE
POEMES, PROVERBES et CITATIONS sur le DROMADAIRE
POEMES et TEXTES de A. Rimbaud, A Dhôtel, R. Desnos.
POEMES de Dame Sarrasine.




POEMES, PROVERBES et CITATIONS sur le PUR-SANG ARABE

Campement dans le desert
Eugène FROMENTIN 'Campement bédouin dans le désert' 1850.


♦ Anciens poèmes arabes


- 'Quand Allah voulut créer le cheval,
il dit au vent du Sud :
"Je vais faire sortir de toi une créature
qui sera la gloire de Mes fidèles
et la terreur de Mes ennemis.
Le bonheur sera sur son front,
la générosité sur son dos
et la joie chez son possesseur."

- 'Lorsque Dieu voulut créer le cheval,
il dit au vent du sud :
"Je veux faire une créature de toi ;
condense-toi"-
et le vent se condensa.'

- Les trois biens les plus précieux sont une jument,
suivie de sa fille pleine d’une pouliche.

- Le paradis sur terre se trouve
Sur le dos d’un bon cheval,
Dans l’étude des beaux livres ou
Entre les seins d’une femme.

- Du sanglier, il a le courage;
de la gazelle, la grâce ;
de l’antilope, la gaieté ;
de l’autruche, la vitesse."

- Imrou Al-Qays ( mort en 550) :
' De la gazelle, il a les hanches
et de l’autruche les jambes;
Le trot du loup,
et la détente du renardeau.'

- Proverbe bédouin :

'Va laver les pieds de ta jument et bois-en l’eau.'


Panneau en bois de chevaux
XIe siècle musée d'art islamique - Le Caire.


♦ VIIe siècle :

Plus de 2000 proverbes et recommandations sur le cheval sont attribués au Prophète.

- Le Prophète :

'Leur ventre est un trésor et leur dos un siège qui honore.'

- Yazid, poète et compagnon du prophète :

'Et si ce qu’on lui avait pris des rênes lui était rendu,
elle se lançait au grand galop
tel un pigeon du désert
pourchassé par les faucons.'

'Elle est l’un des chevaux de cette race
qui s’étire de tout son long en plein galop,
aux allures rebondissantes et au pied léger,
décidée dans son impatience.'

'Et en vérité,
elle a toujours été pour moi
un bien précieux,
née et élevée dans nos tentes.'

- Omar, compagnon du prophète :

'Aime les chevaux et prends soin d’eux,
car ils méritent la tendresse ;
traite-les comme tes propres enfants.'

- Jarîr ibnAbd Allâh al-Bajallî a dit :

J’ai vu le prophète, que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui,
caresser le toupet de son cheval de sa main et dire :
‘Le Bien est noué au toupet des chevaux jusqu’au jour du Jugement Dernier,
ainsi que les faveurs divines, la réussite et le succès’

- Atâ a dit :

'Le Prophète, que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui a dit :
'Ne conduisez-pas les chevaux par leur toupet car c’est les outrager'

- Mujâhid a dit :

'Le Prophète, que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui, a vu un homme frapper son cheval à la face et l'insulter, il lui dit :
'L'une et l'autre de tes attitudes te feront toucher les flammes de l'Enfer...'


Fauconnier arabe
Henri Emilien Rousseau 'Un fauconnier arabe' 1890.



♦ XIe siècle :



- Ibn Rachid de Kairouan ( 1064) :
'Les arabes se congratulent pour trois choses :
la naissance d’un garçon, l’émergence d’un poète parmi eux
et le poulinage d’une jument.'

- Poète Asadi :
'De jour il surpassait le soleil,
de nuit, il surpassait la lune;
sous la poudre de son galop
les yeux du soleil se fermaient
et chaque fois qu’il hennissait,
du ciel il déchirait l’oreille.'

Le Naceri


♦ XIVe siècle :


On trouve dans ' LE NACERI ' (Hippologie et médecine du cheval en terre d’Islam au XIVè S, d’Abû Bakr Ibn Badr) :

- Amir ibn al-Tufayl ibn ‘Awf a mis en poème :

' - Aussi pauvre que je puisse être,
rien ne pourrait m’en séparer ;
comme l’autruche à l’allure allongée,
- Destrier à la face noire et au pied sûr,
on s’occupe de lui en vue du jour
de la terrible bataille.'

Jument arabe
Victor Adam 'Une jument' 1824.

♦ Poèmes arabes d'auteurs anonymes 


- Poème d’un auteur anonyme cité par le général Daumas dans 'Les chevaux du Sahara' :

" Ne dis pas que c’est mon cheval,
dis que c’est mon fils.
Il est pur comme de l’or.
Il a la vue si bonne qu’il voit un cheveu pendant la nuit.
Il atteint la gazelle.
Il dit à l’aigle : descends ou je monte vers toi.
Quand il entend les cris des jeunes filles,
il se met à hennir de joie.
Quand il court,
il arrache la larme à l’œil.
C’est un cheval de race, la tête des chevaux.
Personne n’a jamais possédé son pareil.
Je compte sur lui comme sur mon cœur."

- Poème arabe d’un auteur anonyme, cité par Victor Hugo dans les orientales :

- 'Ses crins qui flottent
sur les côtés de sa tête
sont comme les boucles des femmes
qui traversent le désert
par un jour de vent.'

- Poète Bahreïni :

'Que ses oreilles sont exquises
pointant tel un bourgeon de fleurs de dattier.
Une ravissante flamme souligne
Ses douces joues
Sa généreuse bouche
Et ses longs cils noirs.'

- Autre :

'Sa foulée avale la distance
Et pourtant son galop
Est comme un doux coussin.
Elle se tient haute au-dessus du sol,
Large à la sangle et mince au flanc
Comme un sloughi qui bondit.
Long est son cou qui rejoint
Une gorge délicate.
Sa large tête se fléchit avec aisance,
Oui elle est comparable au coffre
D’un riche marchand.'

Campement arabe
Alberto Pasini 'Campement arabe' 1866.


♦ Autres Poètes arabes :


- Abou Zeyd :

'Sa tête élancée et fine,
les oreilles pointées proches l’une de l’autre;
Son toupet est un filet,
son front une lumière allumée qui illumine la tribu ;
Son encolure se courbe telle une branche de palmier.'


- Salaman ibn Djandal :

'Son toupet n’est pas dégarni,
ni son nez arrondi,
ni ses membres trop faibles ;
Il est le favori dans la distribution du lait,
bien nourri chez lui.
Chacun de ses membres
bien écartés en plein galop
semble arroser la terre
d’un éclair de vitesse
comme si l’eau coulait d’un seau
au-dessus des champs.'

Cavaliers arabe
Georges Washington 'Cavaliers arabes près d'un oued' 1880.


♦ Poète américain


- Homer Davenport (explorateur américain ayant parcouru le désert à la recherche des Pur-sang arabes) :

'La morphologie de l’arabe est parfaite. Elle est essentiellement celle de l’efficacité.'


Marengo
Antoine-Jean GROS 'Marengo' 1801.


♦ Poètes européens 


♦ Angleterre :

- William Shakespeare (XVIe-XVIIe siècle):

'De même, ce cheval l’emportait sur les autres plus ordinaires
par l’aspect, le courage, la couleur, par la charpente
aussi bien que par l’allure.'

Pur sang arabe
Pur sang arabe de Dame Sarrasine.

♦ France :


- Alphonse de Lamartine (1790-1869), poète, romancier et personnalité politique

Sultan, le cheval arabe

Le soleil du désert ne luit plus sur ta lame,
O mon large yatagan plus poli qu'un miroir,
Où Kaïdha mirait son visage de femme
Comme un rayon sortant des ombres d'un ciel noir !

Tu pends par la poignée au pilier d'une tente,
Avec mon narghilé, ma selle et mon fusil ;
Et, semblable à mon coeur qui s'use dans l'attente,
La rouille et le repos te dévorent le fil !

Et toi, mon fier Sultan à la crinière noire,
Coursier né des amours de la foudre et du vent,
Dont quelques poils de jais tigraient la blanche moire
Dont le sabot mordait le sable mouvant.

Que fais-tu maintenant, cher berceur de mes rêves ?
Mon oreille aimait tant ton pas mélodieux,
Quand la bruyante mer, dont nous suivions les grèves,
Nous jetait sa fraîcheur et son écume aux yeux !

Tu rengorgeais si beau ton cou marbré de veines,
Quand celle que ma main sur ta croupe élançait
T'appelait par ton nom, et, retirant tes rênes,
Marquetait de baisers ton poil qui frémissait !

Je la livrais sans peur à ton galop sauvage !
La vague de la mer, dans le golfe dormant,
Moins amoureusement berce près du rivage
La barque abandonnée à son balancement.

Car, au plus léger cri qui gonflait sa poitrine,
Tu t'arrêtais tournant ton bel oeil vers tes flancs
Et, retirant ton feu dans ta rose narine,
De l'écume du mors tu lavais ses pieds blancs.

Penses-tu quelquefois, le front bas vers la terre,
A ce maître venu dans ton désert natal,
Qui parlait sur ta croupe une langue étrangère,
Et qui t'avait payé d'un monceau de métal ?

Penses-tu quelquefois à la jeune maîtresse
Qui pour parer ta bride, houri d'un autre ciel,
Détachait les rubis ou les fleurs de sa tresse,
Et dont la main t'offrait de blancs cristaux de miel ?

Où sont-ils ? que font-ils ? quels climats les retiennent ?
Les vaisseaux dont tu vois souvent blanchir les mâts,
Ces grands oiseaux de mer qui vont et qui reviennent,
Sur ton sable doré ne les déposent pas.

Ne les hennis-tu pas de ton naseau sonore ?
Ton coeur dans ton poitrail ne bat-il pas d'amour,
Quand ton oreille entend dans les champs de l'aurore
Le nom, cher au Liban, de ce maître d'un jour ?

Oh oui ! car de ta selle en détachant mes armes,
Tu me jetas tout triste un regard presque humain,
Je vis ton oeil bronzé se ternir, et deux larmes,
Le long de tes naseaux, glissèrent sur ma main !


- Paul Valéry (1871-1945)

"Le Cheval marche sur les pointes. Quatre ongles le portent. Nul animal ne tient de la première danseuse, de l'étoile du corps de ballet, comme un pur-sang en parfait équilibre, que la main de celui qui le monte semble tenir suspendu, et qui s'avance au petit pas en plein soleil.
Degas l'a peint d'un vers : il dit de lui 'tout nerveusement nu dans sa robe de soie'."


- Jules Supervielle (1884 - 1960), poète et écrivain franco-uruguayen.

Les Chevaux du Temps

'Quand les chevaux du Temps s’arrêtent à ma porte
J’hésite un peu toujours à les regarder boire
Puisque c’est de mon sang qu’ils étanchent leur soif.
Ils tournent vers ma face un œil reconnaissant
Pendant que leurs longs traits m’emplissent de faiblesse
Et me laissent si las, si seul et décevant
Qu’une nuit passagère envahit mes paupières
Et qu’il me faut soudain refaire en moi des forces
Pour qu’un jour où viendrait l’attelage assoiffé
Je puisse encore vivre et les désaltérer.'


'Les Chevaux du Temps' de Jules Supervielle - Vidéo de Dame Sarrasine


Jules Supervielle (1884 - 1960), poète et écrivain franco-uruguayen.

Extrait " Le matin du Monde"

Un cheval blanc découvrait l'homme
Qui s'avançait à petit bruit,
Avec la Terre autour de lui
Tournant pour son cœur astrologue.

Le cheval bougeait les naseaux
Puis hennissait comme en plein ciel
Et tout entouré d'irréel
S'abandonnait à son galop.


- Guillaume Apollinaire (1880-1918)

Le cheval : Poème issu du Bestiaire ou Cortège d'Orphée. 1911.

'Mes durs rêves formels sauront te chevaucher,
Mon destin au char d’or sera ton beau cocher
Qui pour rênes tiendra tendus à frénésie,
Mes vers, les parangons de toute poésie.'


Sully Prudhomme (1839 - 1907), poète français.

Le Galop

Agite, bon cheval, ta crinière fuyante ;
Que l'air autour de nous se remplisse de voix !
Que j'entende craquer sous ta corne bruyante
Le gravier des ruisseaux et les débris des bois '.

Aux vapeurs de tes flancs mêle ta chaude haleine,
Aux éclairs de tes pieds ton écume et ton sang !
Cours, comme on voit un aigle en effleurant la plaine
Fouetter l'herbe d'un vol sonore et frémissant !

« Allons, les jeunes gens, à la nage ! à la nage ! »
Crie à ses cavaliers le vieux chef de tribu ;
Et les fils du désert respirent le pillage,
Et les chevaux sont fous du grand air qu'ils ont bu !

Nage ainsi dans l'espace, ô mon cheval rapide,
Abreuve-moi d'air pur, baigne-moi dans le vent ;
L'étrier bat ton ventre, et j'ai lâché la bride,
Mon corps te touche à peine, il vole en te suivant.

Brise tout, le buisson, la barrière ou la branche ;
Torrents, fossés, talus, franchis tout d'un seul bond ;
Cours, je rêve, et sur toi, les yeux clos, je me penche ...
Emporte, emporte-moi dans l'inconnu profond !


'Le Cheval' de Guillaume Apollinaire - Vidéo de Dame Sarrasine




CITATIONS, PROVERBES et POEMES sur le DROMADAIRE

Verbecq
Peinture de Verbecq.

♦ Dicton d’Arabie VIe siècle :


-'L’opprobre est dans le labourage,
et l’état servile dans l’élevage des bovins,
tandis que la noblesse est dans la possession du chameau
et la vaillance dans celle du cheval.'

♦ Proverbe nomade :


- 'Marche en avant de toi-même comme le chameau qui guide la caravane.'

♦ XXe siècle :


- Paul Savatier (1931-2018) :

Le dromadaire

Un jour au Caire
un dromadaire
entra chez un libraire
et prit une grammaire.
C’est pas vrai, ça fait rien,
ça sera vrai demain

Ce dromadaire
savait tout faire,
multiplier, soustraire,
et même le contraire.
C’est pas vrai, ça fait rien,
ça sera vrai demain.

Il savait braire,
ou bien se taire,
et versait un salaire
à son vétérinaire.
C’est pas vrai, ça fait rien,

Pour se distraire
Monsieur le Maire
en fit son secrétaire
dans toutes ses affaires.
C’est pas vrai, ça fait rien,
ça sera vrai demain.

Ce dromadaire
est légendaire
chez tous les antiquaires
de la ville du Caire
C’est pas vrai, ça fait rien
ça sera vrai demain
ou à la Saint Glin-Glin.

Dromadaire
Dromadaires et grimoire de Dame Sarrasine.

- Jacques Prévert (1900-1977)

Le dromadaire mécontent

Un jour, il y avait un jeune dromadaire qui n'était pas content du tout.
La veille, il avait dit à ses amis : « Demain, je sors avec mon père et ma mère, nous allons entendre une conférence, voilà comme je suis, moi ! »
Et les autres avaient dit : « Oh, oh, il va entendre une conférence, c'est merveilleux », et lui n'avait pas dormi de la nuit tellement il était impatient et voilà qu'il n'était pas content parce que la conférence n'était pas du tout ce qu'il avait imaginé : il n'y avait pas de musique et il était déçu, il s'ennuyait beaucoup, il avait envie de pleurer.
Depuis une heure trois quarts un gros monsieur parlait. Devant le gros monsieur, il y avait un pot à eau et un verre à dents sans la brosse et de temps en temps, le monsieur versait de l'eau dans le verre, mais il ne se lavait jamais les dents et, visiblement irrité, il parlait d'autre chose, c'est-à-dire des dromadaires et des chameaux.
Le jeune dromadaire souffrait de la chaleur, et puis sa bosse le gênait beaucoup ; elle frottait contre le dossier du fauteuil; il était très mal assis, il remuait.
Alors sa mère lui disait : « Tiens-toi tranquille, laisse parler le monsieur », et elle lui pinçait la bosse. Le jeune dromadaire avait de plus en plus envie de pleurer, de s'en aller...
Toutes les cinq minutes, le conférencier répétait : « Il ne faut surtout pas confondre les dromadaires avec les chameaux, j'attire, mesdames, messieurs et chers dromadaires, votre attention sur ce fait : le chameau a deux bosses, mais le dromadaire n'en a qu'une! »
Tous les gens de la salle disaient : « Oh, oh, très intéressant », et les chameaux, les dromadaires, les hommes, les femmes et les enfants prenaient des notes sur leur petit calepin.
Et puis le conférencier recommençait : « Ce qui différencie les deux animaux, c'est que le dromadaire n'a qu'une bosse, tandis que, chose étrange et utile à savoir, le chameau en a deux... »
A la fin, le jeune dromadaire en eut assez et se précipitant sur l'estrade, il mordit le conférencier : « Chameau ! » dit le conférencier furieux. Et tout le monde dans la salle criait : « Chameau, sale chameau, sale chameau ! »
Pourtant c'était un dromadaire, et il était très propre.

Dromadaire
Le dromadaire très propre de Dame Sarrasine.

- Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918)

Le dromadaire (poème issu du bestiaire 1911)

Avec ses quatre dromadaires
Don Pedro d'Alfaroubeira
Courut le monde et l'admira
Il fit ce que je voudrais faire
Si j'avais quatre dromadaires

'LE DROMADAIRE' de Guillaume Apollinaire - Vidéo de Dame Sarrasine




POEMES et TEXTES d'Arthur Rimbaud, André Dhôtel, Robert Desnos


Arthur RIMBAUD

Arthur Rimbaud de son vrai prénom Jean-Nicolas-Arthur, 'l'homme aux semelles de vent' est un poète français de Génie.
Né le 20 octobre 1854 à Charleville-Mézières et mort le 10 novembre 1891 à Marseille.

♦ Aube

Aube fait partie du recueil 'Illuminations', probablement composé entre avril 1874 et le mars 1875)

'Aube' d'Arthur Rimbaud - Vidéo de Dame Sarrasine



♦ Alchimie du verbe

'Alchimie du verbe' fait partie du recueil 'Une saison en enfer' écrit en 1873.

'Alchimie du Verbe' d'Arthur Rimbaud - Vidéo de Dame Sarrasine



♦ Voyelles

'Voyelles' a été écrit en 1871 ou 1872.

'Voyelles' d'Arthur Rimbaud - Vidéo de Dame Sarrasine



♦ "GENIE" d'Arthur RIMBAUD fait partie du recueil "Illuminations"



" Il est l'affection et le présent puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été — lui qui a purifié les boissons et les aliments — lui qui est le charme des lieux fuyant et le délice surhumain des stations.
— Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'extase.
Il est l'amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l'éternité : machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l'épouvante de sa concession et de la nôtre : ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, — lui qui nous aime pour sa vie infinie...
Et nous nous le rappelons et il voyage... Et si l'Adoration s'en va, sonne, sa Promesse, sonne : "Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C'est cette époque-ci qui a sombré !"
Il ne s'en ira pas, il ne redescendra pas d'un ciel, il n'accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout ce pêché : car c'est fait, lui étant, et étant aimé.
Ô ses souffles, ses têtes, ses courses ; la terrible célérité de la perfection des formes et de l'action.
Ô fécondité de l'esprit et immensité de l'univers !
Son corps ! Le dégagement rêvé, le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle !
Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relevés à sa suite.
Son jour ! l'abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.
Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.
Ô Lui et nous ! l'orgueil plus bienveillant que les charités perdues.
Ô monde ! — et le chant clair des malheurs nouveaux !
Il nous a connus tous et nous a tous aimés, sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, — ses souffles — son corps, — son jour."

Rimbaud
Manuscrit de Rimbaud.

André DHOTEL


André Dhôtel, né le 1er septembre 1900 à Attigny et mort le 22 juillet 1991 à Paris, est un écrivain français, à la fois romancier, conteur et poète. André Dhôtel a également beaucoup écrit sur Rimbaud.

♦ La Rhétorique fabuleuse

Ce livre merveilleux edité en 1983, comprend trois parties : 'Le grand rêve des floraisons', 'Le vrai mystère des champignons', et 'Rimbaldiana' consacrée à Rimbaud.

André Dhotel 'La Rhétorique fabuleuse' - Chapitre II du Grand rêve des floraisons, passage du renard - Vidéo de Dame Sarrasine


Robert DESNOS


Robert Desnos est un poète français, né le 4 juillet 1900 à Paris et mort du typhus le 8 juin 1945 au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie à peine libérée par l'Armée rouge.

♦ « DEMAIN » écrit en 1942


" Âgé de cent mille ans, j’aurais encore la force
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.
Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille
À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent."



POEMES de DAME SARRASINE

(c) Dame Sarrasine 2020
Les mois de l'année.